03 septembre 2005

Sordide récupération


La tragédie qui frappe la Nouvelle Orléans n'aurait pu être que ça, une tragédie. Et ça aurait déjà été beaucoup : 80% d'un état vaste comme la Grande Bretagne sous les eaux, des dizaines de milliers de réfugiés laissés pour compte et livrés à la loi du plus fort, une situation sanitaire catastrophique... "Ce n'est pas la peine d'en rajouter" pourrait dire l'autre.
Oui mais voilà, c'est sans compter sur les idéologues gauchisants, toujours prompts à exploiter la misère humaine pour en accuser jouissivement leurs ennemis. Comme d'habitude, le sort des victimes ne les intéresse pas tant que les vicissitudes dont ils vont pouvoir accuser l'idéologie adverse. Après tout, les victimes ne sont que leur matière première, le levier indispensable pour tenter d'accuser les autres (le capitalisme, la mondialisation, George W. Bush, les patrons...) de tous leurs maux.
Pas convaincu ? Suivez-moi : on peut observer une éclatante démonstration de cette sale habitude dans la couverture médiatique de la catastrophe américaine.

Ainsi que peut-on retirer d'une lecture assidue de la presse Française à tendance gauchiste ? Que George W. Bush est un incapable, que les américains laissent crever les noirs, que la police tire pour tuer sur des innocents et que c'est la fin du modèle américain.

Bref, comme à leur habitude, les idéologues de gauche confondent leurs rêves avec la réalité (ce qui ne sera pas une surprise pour qui a déjà jeté un oeil à leurs programmes politiques, où une simple énumération pompeuse des souhaits remplace les propositions concrètes).

Une simple lecture à l'aune du bon sens révèle pourtant une toute autre réalité. Pourquoi est-ce la panique aux Etats-Unis ? Peut-être parce que le modèle fédéral (qui n'a rien de "capitaliste" en soit) est ainsi fait que ce sont d'abord les structures locales - particulièrement indépendantes - qui sont en première ligne lors des catastrophes. Lorsqu'elles ne suffisent plus, l'aide fédérale doit alors être acheminée (et parfois même votée !).
Si cela a été anticipé, elle sera prépositionnée, sinon il faudra attendre qu'elle s'organise et qu'elle arrive (préparée et coordonnée par la Federal Emergency Management Agency , une structure fédérale chargée de ce genre de choses. Cette agence fédérale est aujourd'hui critiquée pour avoir privilégié la lutte contre le terrorisme dans l'allocation de ses ressources. Mais là encore, qui a vraiment décortiqué son budget pour pouvoir affirmer cela ?).

En outre dans le cas d'une catastrophe aussi massive que celle qui frappe la Louisiane, l'aide fédérale pourra être secondée par des moyens locaux distants (des bus et des policiers de la ville de New-York, par exemple). Cela n'en facilite évidemment pas l'organisation.



Peut-être aussi, donc, que la taille gigantesque des territoires concernés rend difficile la mobilisation et l'acheminement de cette aide. Les bus New-Yorkais, par exemple, doivent rouler plus de 2000 kilomètres avant d'atteindre la Louisiane. Cela représente une transumance importante même pour des hélicoptères militaires (qui tardent eux aussi à arriver), alors pour des bus...

Bref, oui, en Louisiane les structures locales ont clairement été débordées et le modèle fédéral a clairement montré ses limites. Mais il ne faut pas confondre "organisation fédérale" et "capitalisme". A moins de vraiment tenir à faire le jeu des marchands de sable gauchistes.

En parlant de marchand de sable... Dans la catégorie Palme d'Or du crétin, on a même entendu l'Incroyable Michael (Moore) apostropher le Président Bush en lui demandant de "retrouver" les hélicoptères militaires tant attendus par les réfugiés de la Nouvelle Orléans. Le sous-entendu, bien sûr, est qu'ils sont en Irak, engagés dans une guerre dont la dénonciation est devenu le fond de commerce de Michael Moore.
Comme tous les arguments issus de l'idéologie gauchisante, celui-ci fait bien sûr totalement abstraction des faits pour leur préférer un pathos bien simpliste (c'est d'ailleurs le ressort principal de son désespérant Fahrenheit 9/11).
Si Michael avait cherché les faits et rien que les faits, il se serait rendu compte que les Etats-Unis ne manquent pas d'hélicoptères sur le sol national. Reste à les mobiliser et les acheminer à temps. On retombe donc sur notre fameux problème de logistique, mais là, ça ne l'intéresse plus... pas assez pathos.

Bref, par simple honnêteté intellectuelle, tenons-nous en aux faits : oui, l'amérique a été prise au dépourvu face à une catastrophe d'envergure Biblique. Oui, l'aide fédérale a tardé à se mobiliser. Voilà les faits.
Pour le reste, chacun est libre de son interprétation. La superpuissance aurait-elle pu mieux faire ? George W. Bush s'est-il montré particulièrement cynique et incompétent en n'écourtant ses vacances que deux jours après la catastrophe ? Etait-il tout simplement bien conseillé ? Des responsables fédéraux ont indiqués en effet n'avoir été au courant que des réfugiés se trouvaient prisonniers du grand dôme de la ville que plusieurs jours après que toutes les télés du monde ne soient déjà sur place.
Donc, oui, il reste matière à débat, même pour les plus farouches opposants aux Etats-Unis. Mais de grâce, basez vos remarques sur les faits et le bon sens !

Il faudra certes tirer les leçons de cet échec au niveau Fédéral. Mais ne parlons pas "d'échec du modèle américain" (sous-entendu par l'opinion gauchisante : du capitalisme). Notons plutôt la formidable mobilisation des citoyens pour apporter leur aide aux sinistrés.
Et pour ce qui est de l'administration Bush, on pourra effectivement déterminer ultérieurement si certains aspects de sa politique ont pu jouer en défaveur d'une intervention fédérale plus rapide. Peut-être, peut-être pas. Mais ce qui est certain c'est que tout gouvernement fédéral aurait été en grande difficulté dans une telle situation, quelle que soit son orientation ou sa popularité.

Enfin, un dernier mot aux chauvins qui estiment pathétique de voir les Etats-Unis incapables de sauver leurs propres ressortissants (sous-entendu : qu'ils arrêtent de vouloir sauver le reste du monde).
Je leur ferai observer que nous même, en France, ne sommes pas vraiment brillants dans le domaine : qu'un camion prenne feu dans un tunnel et il faut plusieurs jours pour régler le problème, qu'un petit magasin Casino s'effondre et c'est toute la ville de Nice qui est paralysée (c'est du vécu...). Maintenant, imaginons la moitié du pays sous six mètres d'eau...
Ca calme, hein ?