07 mai 2007

Réflexions de gauche


L'autre enseignement majeur de cette élection présidentielle 2007, c'est l'échec de la gauche. Pas simplement celui d'un Parti Communiste atomisé (ô joie !) ou d'une extrême gauche qui ne représente plus grand monde (1).


C'est aussi et surtout la raclée prise par PS pour la troisième fois consécutive. Et avec en prime l'un des scores les plus bas jamais atteints par le parti. Ca commence à faire beaucoup, et cela appelle certainement à une remise en question.
Je reviendrai sur les aléas du PS dans sa déconfiture, mais je tiens ce soir à laisser la parole à un électeur de gauche et lecteur du quotidien Le Monde. Il donne de manière fort honnête et argumentée son opinion sur la faillite du PS. Il se trouve que je suis en grande partie d'accord avec lui, alors je vous livre ses propos tels-quels.

J'ai 41 ans, j'ai voté PS sans discontinuer de 1981 à 2004, non au référendum (pour des raisons essentiellement institutionnelles), Bayrou au premier tour et Royal au second.
Les raisons de l'échec du PS :

  • en premier lieu, un programme du PS désuet, peu réaliste, calé sur des intérêts catégoriels (éducation, régimes spéciaux, artistes, etc...) avec peu d'innovations phares (en dehors du service public de la petite enfance, et de la création de nouveaux dispensaires,on cherche). L'angélisme sur l'immigration, notamment, est toujours de mise et joue fortement contre le PS. Je suis dans la sphère publique et il me semble qu'il aurait été responsable de lancer par exemple de vraies propositions (argumentées) sur la baisse du nombre de fonctionnaires ou leur redéploiement.

  • en second lieu, une candidate jouant sur son image, sa personnalité, alors que celle-ci n'était pas installée dans l'opinion; le choix d'une campagne et d'un style de discours assez agressifs, alors que la plupart des discours de Sarkozy étaient - en tout cas dans les mots - rassembleurs. Une crédibilité réduite : qui peut croire par exemple à la proposition de raccompagner toutes les fonctionnaires féminines chez elles ?

  • l'impréparation : un PS qui croyait pouvoir gagner tout seul sans sentir que son électorat partait vers le Centre, qui ne proposait certes pas le rêve mais une plateforme réaliste.

  • l'incapacité à parler à tout le monde : un programme catégoriel ne peut pas réunir... il est facile de jeter la pierre à Sarko sur son opposition France qui se lève tôt - France de fainéants, quand soi même on garde une dichotomie dans, encore une fois, par exemple, les régimes de retraite... L'incapacité également à parler aux classes populaires, sans passer par des discours "ancienne gauche" qui ne convainquent plus. Il est quand même triste que la plupart des classes populaires se retrouvent plutôt chez Sarko...

  • le non-renouvellement du parti après le départ de Jospin : c'était sans doute le moment de promouvoir les jeunes, les femmes, plutôt que de provoquer une nouvelle guerre des éléphants 6 mois avant la présidentielle.



Pour ma part, j'ajoute que le libéral que je suis espère franchement que le PS sautera sur l'occasion pour enfin se séparer de son surmoi Marxiste et devenir un vrai parti social. C'est à dire capable de comprendre que l'économie de marché est là pour rester, et qu'il convient d'aider les peuples en son sein, afin notamment d'en tirer le meilleur parti et d'en modérer les abus, plutôt que les entrainer à la révolte et d'espérer un bain de sang.

(1) Certes, avant de se réjouir de la mort du PCF, attendons de voir son score aux élections législatives. Le parti a peut-être, comme le clament ses dirigeants, fait les frais à sa droite d'un vote utile en faveur du PS, et à sa gauche à un dépoilage en règle par le plus moderne, plus séduisant et plus anti-libéral Besancenot.
Il reste toutefois que les premiers sondages donnent le PC à 2% aux législatives également... (et oui, j'en suis heureux !)